Emotions & nerf vague : ce que votre corps raconte à votre cerveau !
Savez-vous qu’une émotion, c’est avant tout une réaction physiologique ? Ce n’est pas pour rien que notre langue française regorge d’expressions pour parler de nos émotions : avoir la chair de poule, la gorge nouée, les jambes en coton, un noeud à l’estomac, avoir la moutarde qui monte au nez, avoir des sueurs froides, claquer des dents, avoir des papillons dans le ventre…

Vous n’avez parfois même pas encore mis de mots sur ce qui vous arrive, que votre corps, lui, semble déjà avoir réagi !
Si nous avons tendance à parler de nos émotions comme des états psychologiques, « je suis en colère », « j’ai peur », « je suis triste / heureux.se », celles-ci s’accompagnent de modifications corporelles. Comme le rythme cardiaque qui peut s’accélérer, les muscles se contracter, la digestion être perturbée… Notre cerveau reçoit en permanence une partie de ces informations.
Mais dans quel sens les choses se passent-elles réellement ? Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent de près à cette communication permanente entre le cerveau et le corps. Et au cœur de cette conversation se trouve notamment le nerf vague.
Le nerf vague, l’autoroute entre le corps et le cerveau
Le nerf vague est le plus long des nerfs crâniens. Il part du tronc cérébral et descend jusqu’au cou, aux poumons, au cœur et au système digestif, créant une véritable ligne de communication directe entre le cerveau et les organes vitaux. Il participe à la régulation de nombreuses fonctions, notamment cardiovasculaires et digestives, et également à la régulation du système nerveux autonome.
C’est un nerf mixte (à la fois sensitif, moteur et sécréteur) qui assure une double communication bidirectionnelle : il remonte des informations sensorielles des viscères vers le cerveau (état des organes, pression artérielle, signaux immunitaires ou digestifs) ET il transmet des signaux du cerveau vers les organes pour les freiner ou les réguler (ralentir le cœur, stimuler la digestion).

L’étude de H.R. Berthoud et W.L. Neuhuber (2000) met en évidence une communication corps-cerveau asymétrique, où environ 80 % des fibres afférentes du nerf vague transmettent des signaux du corps vers le cerveau. Ces voies informent en continu le système nerveux central sur l’état des organes, influençant directement l’humeur et la cognition.
Une émotion n’est donc ni uniquement dans la tête, ni uniquement dans le corps. Elle émerge de l’interaction entre les deux.
La théorie polyvagale : un changement de regard sur nos réactions émotionnelles
C’est le neuroscientifique américain Stephen Porges qui, dès 1995, a proposé la théorie polyvagale, un cadre qui a considérablement renouvelé notre compréhension du système nerveux autonome. Selon cette théorie, notre système nerveux ne fonctionne pas de façon binaire (calme ou stressé), mais s’organise en trois états hiérarchisés :
- L’état ventral vagal : celui de la sécurité, de la connexion sociale et de la régulation émotionnelle. C’est l’état dans lequel nous sommes disponibles, créatifs, connectés aux autres.
- L’état sympathique : celui de la mobilisation, de l’action, du « combat ou fuite ». Utile face à un danger réel, il devient épuisant lorsqu’il s’active pour une pensée « inventée ».
- L’état dorsal vagal : celui du repli, de l’immobilisation, parfois de la dissociation, activé lorsque le danger perçu dépasse nos capacités d’action.
Ce que S. Porges appelle la neuroception — un processus largement inconscient — désigne la capacité de notre système nerveux à évaluer en permanence, sans passer par la pensée consciente, si notre environnement est sûr, dangereux ou menaçant pour la vie. C’est cette évaluation automatique qui détermine dans quel état nous basculons, bien avant que nous en ayons conscience. Comprendre ce mécanisme permet de sortir d’une lecture purement psychologique (« je suis anxieux, je dois me raisonner ») pour intégrer une lecture corporelle tout aussi essentielle.
Et si mieux ressentir son corps permettait de mieux comprendre ses émotions ?
Nous pouvons parfois être tellement pris dans nos pensées que nous ne remarquons plus les signaux corporels qui les accompagnent. Nous réalisons que nous sommes épuisés lorsque nous n’en pouvons plus, nous découvrons notre tension lorsque nos épaules sont douloureuses, nous identifions notre colère après avoir déjà réagi.

Développer son attention aux sensations corporelles peut alors constituer une ressource pour mieux repérer ce qui se passe en soi. Il ne s’agit pas de surveiller son corps en permanence, ni de chercher à contrôler chaque sensation, mais plutôt de développer une forme de curiosité :
- Qu’est-ce que je ressens ?
- Où est-ce que je le ressens ?
- Qu’est-ce que cette sensation m’apprend sur mon état actuel ?
Cette capacité à percevoir ses signaux internes peut contribuer à une meilleure compréhension de ses états émotionnels. Les recherches sur la neuroception et la régulation émotionnelle montrent d’ailleurs un lien intéressant entre conscience corporelle et certaines capacités de régulation, même si les mécanismes restent encore étudiés.
L’homéostasie est la capacité à s’adapter au changement, à maintenir l’équilibre intérieur malgré ce qui se passe à l’extérieur. Le Système Nerveux Autonome est un des trois piliers de l’homéostasie du corps. (les 2 autres sont le Système Hormonal et le Système Immunitaire). Son rôle principal est de nous maintenir en vie.
Ce qui est intéressant dans la gestion émotionnelle, c’est la capacité de notre système nerveux à passer d’un état d’alerte à un état de sécurité, et vice-versa.. Face à une contrariété, un imprévu ou une tension, il est normal que le corps s’active : c’est même vital. Ce qui varie d’une personne à l’autre, en revanche, c’est la vitesse et l’aisance avec lesquelles ce système parvient ensuite à « relâcher le frein » et à revenir au calme.
Un système nerveux performant est capable de sortir rapidement de l’alerte une fois le danger écarté. Un système nerveux dysfonctionnel est un système qui a tendance à avoir une réponse inapproprié face à un danger (rester « accroché » à cet état de tension, même longtemps après que la situation stressante soit terminée par exemple). La bonne nouvelle, c’est que cette capacité à faire la navette entre alerte et sécurité n’est pas figée : elle s’entraîne, un peu comme un muscle qu’on assouplit avec la pratique.
Pour aller plus loin : notre programme « Stress, émotions et nerf vague »
Comprendre les liens entre le stress, les émotions, le corps et le système nerveux peut déjà modifier notre regard sur ce que nous vivons. Mais comprendre ne suffit pas toujours.
Il faut aussi pouvoir expérimenter, observer ses propres réactions et trouver des pratiques qui peuvent devenir de véritables ressources au quotidien. C’est dans cette perspective que nous avons créé le programme « Stress, émotions et nerf vague. »
Un programme qui associe apports théoriques, expérimentation et pratiques pour vous permettre de mieux comprendre ce qui se passe lorsque le stress et les émotions prennent beaucoup -trop- de place, et surtout de repartir avec des outils concrets à expérimenter dans votre quotidien.
Pas de recette miracle. Mais une approche accessible, expérientielle et nourrie par les connaissances actuelles sur le stress, les émotions et les liens entre le corps et le cerveau.


